Mercredi 12 novembre 2008
Boots niquées / lèvres gercées / porte-monnaie troué / vernis écaillé / fenêtre
embuées
Nuit noire
Paris.
Nuit noire
Paris.
Je suis assise dans un de ces trains minables, de ceux avec les sièges couleur potiron et
les trucs faits pour ranger les parapluies histoire qu'ils salopent pas tout le wagon. Je fixe le sol en plastique marron crade, les vitres crades, le paysage crade de fils éléctriques et de
banlieues moroses. Leonard Cohen me rend un peu mélancolique, l'ambiance générale me met dans un drôle d'état, surtout qu'on est entre chien et loup. Il est vingt heure trente trois. La nuit
tombe de plus en plus tôt, les gens marchent de plus en plus vite et la pluie tombe de plus en plus souvent en ce moment. Je crois qu'on appelle ça la fin de l'été. Le début de l'automne. Ce
train est automnal, non seulement parce que ses couleurs sont rouilles et terre, mais parce qu'il respire la lassitude. Il respire comme un gros chien fatigué aux yeux vitreux et à la langue
pendante qui s'échine et s'épuise à courir comme un fou. Il respire, j'entends son râle terreux et profond, je sens ses poumons abîmés se gonfler avec régularité. La lumière s'allume et s'éteint,
nous plongeant tous dans une quasi obscurité pendant quelques longues minutes. Les paupières en profitent pour se clore, les bouches pour se fermer. Et voilà que ça se rallume. On ouvre ses
journaux, on regarde sagement la route défiler, on échange des banalités avec son voisin histoire de faire passer le temps. Les minutes défilent à une vitesse folle, il est vingt heure quarante
deux à présent, presque dix minutes depuis le début de ces quelques mots qui se croisent et s'entrechoque au gré des banlieues qui s'enchaînent. Villes comateuses, elles entendent malgré tout
l'interminable plainte du train qui ne dure que quelques fractions de secondes, ses roues effleurant le sol à vive allure. Elles frôlent les lourdes rails avec une grâce presqu'imposante,
intimidante. Je ne sais pas écrire, la preuve, je suis déjà essoufflée.
Y'a le goût amer du passé et du café trop
passé qui passe sur mes lèvres, le sucre qui se casse sur mes dents, je suis lasse, les jours s'effacent, font des tours de passe-passe, et comme des passes-partout ouvrent les portes du futur.
C'est pas tant le temps qui me froisse, c'est l'attente latente et tentante de l'entente délirante entre nous deux . Y'a eu plus de deux demandes, on avait de l'avenir voire même du devenir, si
t'avais pu venir on aurait pu se souvenir qu'avant c'était bien pire. Je n'ai plus qu'une chose à dire, c'est que cette envie n'est pas fugace, ça m'agace.