Mercredi 4 juin 2008

Et le vernis qui s'écaille, les tasses de café qui se vident, les cigarettes qui se consumment, les jours qui se terminent, la nuit qui tombe. Tout a une fin, cette fin me donne faim, faim de vivre, d'apprécier chaque seconde de chaque minute de chaque heure. Parce que même si la nuit tombe, le soleil se lèvera le lendemain, qu'il me reste encore du vernis à ongle, que les cigarettes ne demandent qu'un briquet et le café qu'un sucre. Alors quitte à être niaise, j'ai juste envie de serrer très fort dans mes bras tous ceux qui comptent pour moi. Même si ça se voit pas, même si je le dis pas, ils sont beaucoup. Beaucoup qui comptent, beaucoup que j'apprécie vraiment, que je ne verrais sûrement plus, que je perdrai de vue, parce que de loin je ne vois plus rien. C'est les petits riens qui vont me manquer, c'est des petits riens que j'ai envie de quitter aussi. Hello sailor !
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Dimanche 1 juin 2008

Par Elle.
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Dimanche 25 mai 2008

Je viens de voir le film de Julian Schnabel avec le merveilleux Amalric. Le Scaphandre et le Papillon. Je suis encore un peu sous le choc, ce film me fait réfléchir, il m'a émue sans me faire sangloter. Disons que ça m'a pris aux tripes, que j'en avais mal au bide. Je me dis maintenant qu'il est vraiment difficile d'avoir la bonne attitude avec les gens qu'on aime, même si je crois pas qu'il y ait réellement de bonne ou de mauvaise attitude. Disons plutôt une attitude juste. J'ai l'impression d'avoir des réactions plutôt saines en général, mais c'est tellement dûr de s'imaginer dans des situations atroces comme celle de Jean-Dominique Bauby. A mon échelle, j'ai parfois le sentiment de me planter, de foncer droit dans le mur ; je suis persuadée d'agir comme il le faut, jusqu'à ce que je me rende compte que ça n'a pas les effets escomptés. Alors je doute, c'est normal, et heureusement que je me remets un peu en cause sinon ça ne m'avancerait à rien de me planter. Le pire je crois, c'est de savoir quelqu'un qu'on aime dans une souffrance terrible. On sait qu'on changera pas les choses d'un coup, mais on sait que tous les petits détails de notre attitude comptent, on devrait se sentir important mais on se sent pitoyable face à la douleur de l'autre, on sait pas comment se comporter, on sait pas mais faut tenir face et surtout être juste. Je crois.

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Dimanche 18 mai 2008

Je me délecte des photos d'Hedi Slimane Diary, parce que c'est juste ma définition parfaite du sexy. Les épaules dénudées, les cheveux vaporeux, les silhouettes fines, les peaux tatouées... Erin Wasson et Alexander Wang sont mes nouvelles idôles, c'est un couple rock comme je les aime, un peu prétencieux certes, mais vraiment vraiment esthétiquement intéressants, hihi. Je pense de plus en plus sérieusement à me faire un tatouage pour mes dix-huit ans, plus j'en parle plus j'entends de gens qui me disent que faut bien réfléchir, que quand on vieillit c'est pas joli... Mais j'envisage pas tellement de vieillir, j'ai que 17 ans, et je sais que tant que je suis jeune ça me plaira. Je veux un truc discret, je veux un mot ou un signe à l'intérieur de l'avant-bras, du coude, du poignet... Ca me tente vraiment, et j'ai justement pas très envie de me projeter et d'y réfléchir, j'y pense, d'accord, mais pas trop non plus, faut que ça reste un peu spontané sinon ça perd tout son sens.
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Samedi 17 mai 2008

J'adore le train. Parce qu'on y fait toujours des rencontres, sans nécessairement échanger de mots, il se passe toujours quelque chose avec nos voisins de sièges. Ce soir c'était une bonne cuvée en tout cas, très bonne même. Je me suis aussi rendue compte que j'étais passée de l'excitation à la morosité, du sourire aux quasi-larmes en l'espace d'une heure et demi. Je regardais le paysage défiler en écoutant des chansons chargées en significations, le charmant garçon qui rigolait en lisant, le vieux au téléphone avec son "bébé", ou la nana qui se massait les tempes, persuadée que ça stoperait mieux son mal de tête qu'un Doliprane. Je sais pas comment je fais pour être aussi changeante. Je suis rentrée de la gare à pied, il faisait beau, j'ai eu droit à un coucher de soleil, à "Hallelujah" par Rufus Wainwright dans mon iPod, tout ça sans me soucier de rien. J'aurais pu chialer un bon coup en entendant la voix de Pierre Lapointe "toujours le même enfant,  qui détruit tout de peur d'être géant" et me consoler en fumant une menthol, mais j'en avais pas, et j'avais pas envie de claquer 5€ tout ça pour me soulager de mes larmes. 
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Mardi 13 mai 2008

Y'a des chansons comme ça, qu'on oublie, reléguées dans les méandres de nos lecteurs MP3 et autres iPod. C'était le cas de "Seventeen", de Keren Ann. J'aimais bien cette chanson pourtant, sans spécialement l'adorer ni idôlatrer son auteure, mais elle m'a jamais autant touchée qu'aujourd'hui... Les jambes nues et serrées dans mon petit short en jean, la peau dorée, les cheveux ébourrifés, le haut du crâne brûlant, les lèvres brillantes de baume. Les écouteurs dans les oreilles. J'ai dix-sept ans, je suis jeune, j'ai la vie devant moi et pourtant parfois, y'a cette drôle de mélancolie, ce spleen de gosse paumée qui me submerge. Pourtant je sens la jeunesse, je sens le regard des vieilles femmes, et même celui des vieux pervers, jaloux ou attirés par la pseudo innocence des dix sept ans. On est certainement pas sérieux quand on dix-sept ans, mais je crois pas qu'on soit dupes pour autant.

Look at me I'm only seventeen
The many years between us
Have been broken
Look at me under the evergreen
Life is a mellow dream
Almost unspoken

By the way
You said you're here to stay
Let me love you til tomorrow
Then it will last a year and a day
Maybe we're here to forget

Look at me, I'm only seventeen
It hasn't been too long
But it's been lonely
Look at me,and smell the tangerine
Life is a mellow song
But only only

By the time
You reach your lemon-lime
I will love you till tomorrow
Then it will last a year and a day
Maybe we're here to forget

Look at me, I'm only seventeen
It hasn't been too long
But it's been lonely
Look at me, under the evergreen
Life is a mellow song
If only only...

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Mardi 6 mai 2008

J'aurais pas pu rêver mieux. Je veux vivre comme ça tout le temps. Bouffer un plat de pâtes Marché U dans le jardin pour toujours. Prendre des photos dans l'herbe éternellement. Fumer des roulées, boire un peu de rosé, écouter un peu de violoncelle et chanter Gainsbourg en se prenant pour Françoise Hardy à jamais. Tenir sa jupe pour pas qu'elle s'envole, regarder les gens qui bronzent au parc, manger un Mr Freeze, écouter les Moldy Peaches et écrire au soleil... Encore et encore.
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Lundi 5 mai 2008

Je retrouve plus la chanson que j'ai écrite, un matin, entre 8 et 9h, avant d'aller en cours. J'ai des sentiments assez paradoxaux par rapport à ce que j'écris. Je suis dans une espèce de quête permanente du juste. Je surveille constamment si je ne sombre pas dans la vulgarité, la banalité, le mauvais goût. Ce que je cherche c'est la justesse, je veux juste retranscrir des émotions réelles, ou qui pourraient l'être. Je crois que le pire c'est quand quelqu'un est persuadé d'être un génie, d'être juste transcendant et tellement novateur. L'important, je pense, c'est de rien prétendre, de pas juger ce qu'on fait. Et en l'occurence je parle de l'écriture mais ça pourrait être le dessin, la chanson ou je ne sais trop quoi. Sinon j'ai encore l'impression d'écrire pour ne rien dire, mais ça ne change pas de d'habitude. Plus je lis plus je suis inspirée, je m'abreuve de la vie des gens, je trouve ça passionnant quand elle est bien racontée, dans un certain souci des détails. En ce moment il fait beau et ça m'amuse de voir les gens de mon quartier de bourges de droite sortir enfin. J'ai croisé personne de l'hiver, et voilà qu'avec l'arrivée du beau temps et des petits oiseaux, j'ai l'impression que les gens vivent. Les gens de mon quartier hibernent, ça rend les rues horribles en janvier, on y croise pas un chat. C'est flippant même, flippant de calme et de tranquilité. A part ça je suis fascinée par les filles belles qui fument, je trouve que le geste est vraiment impressionnant, je trouve qu'une cigarette coincée entre deux lèvres c'est vraiment joli. Et puis la fumée qui en sort, dans un nuage grisâtre, c'est élégant. Je ferais bien une collection d'images de gens qui fument.
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Lundi 5 mai 2008

De longs cheveux blonds ondulés et un t-shirt gris, et aussi un café chaud, du tabac à rouler, et puis même des lunettes, et du vernis rose fuschia. Je me dis souvent qu'Elise aurait jamais dû. Elle aurait jamais dû faire les trois mètres qui la séparait de Papa et nous. Je dis trois mètre parce que tout s'est joué quand elle a poussé la porte qu'elle connaissait si bien. La poignée avait toujours été pétée, ce qui fait qu'on fermait jamais la maison. Papa s'en foutait. Quand elle est arrivée, je me souviens qu'elle a reniflé fort, en s'énervant après le printemps et les pollens. Papa a rit et il lui a pris son Panama, son beau Panama en paille, avec une bande de tissu noir, qu'elle avait ramené d'Amalfi. Ca lui a rappelé son voyage en Italie quand il avait dix-sept ans. C'est ce qu'il nous a dit. J'ai jamais su avec qui il avait fait ce fameux voyage. Pourtant, il en parlait souvent. Il disait "on" : "On avait loué une deux CV beige à Naples, et on est allés à Capri sans un sou, comme des cons." Ca le faisait bien marrer. Il nous expliquait tout dans les moindres détails, ses souvenirs avaient l'air limpides, malgré le temps qui s'était écoulé. De l'eau était passé sur les ponts. Elise a levé les yeux au ciel en regardant Papa d'un air désespéré, et lui il riait comme un con. Nous on pouvait rien faire d'autre que la regarder, elle. Du haut de son mètre soixante-quinze. On était tous petits et bruns dans la famille, un peu trappus, pas très beaux. Mais Elise avait jamais vraiment fait partie de la famille. Elle avait été le joli petit canard parmi les vilains, celui qui se barre avant l'âge, celui qui se fout de tout ; qui se jette pas pour autant sur les morceaux de pains, mais qui les bouffe toujours, au final. Philippe aurait été bien emmerdé s'il avait dû expliquer son attitude avec son baratin de psy, il avait toujours essayé de la comprendre, il avait jamais réussi. On aurait dit qu'Elise était une énigme mathématique, une "forme indéterminée" même. Comme l'addition de deux infinis contraires. Reste à savoir si Papa était l'infini positif ou négatif. Faut dire que Philippe avait jamais été un brillant psychologue, en dépit de ce que Papa disait. Lui, il le mystifiait, de toute façon. Papa était pas vraiment objectif quand il parlait de son oncle. J'ai jamais vraiment saisi pourquoi il l'enviait tant, sûrement de vieilles histoires de gosses. Elise, elle, on l'enviait pas, on la désirait. C'était pas quelque chose de sensuel - quoique - mais on la voulait, on la voulait alors qu'elle nous désirait pas. Elle aimait bien nos longs week-ends d'hiver dans la maison de Veules-les-Roses, elle appréciait aussi nos virées printanières improvisées du côté de Bordeaux, quand Papa était tellement bourré qu'il filait le volant à Adrien, qui avait à peine 16 ans. Papa il déconnait sérieusement parfois. Je crois qu'en réalité, Elise avait pas besoin de nous. Elle avait quitté la maison tôt, elle se fichait bien de passer Noël seule, de pas nous avoir au téléphone pendant trois mois. Elle nous faisait confiance, elle nous aimait je crois, elle nous aimait et elle avait l'impression de pas avoir besoin de nous le montrer. On aurait du le savoir pourtant, mais notre cruel manque de confiance en nous nous empêchait de nous rendre compte que son indépendance qu'on prenait, à tort, pour de l'égoïsme n'était rien d'autre que des caprices de muse. C'est vrai qu'Elise inspirait Papa. Il la voyait jamais mais quand il dessinait une femme elle lui ressemblait toujours. Même s'il dessinait une grosse rousse, y'avait toujours un truc qui faisait qu'on reconnaissait Elise. Un je-ne-sais-quoi qui l'avait toujours caractérisé, un détail de son visage qu'on connaissait mieux que personne sans réellement s'en rendre compte. Je sais pas si Papa était conscient de ça. Après tout il l'avait presque mise au monde.
Quand Elise avait sept ou huit ans, Papa répetait toujours : "On a survécu tous les deux ma Lili, on est plus forts qu'Indiana Jones et James Bond réunis." J'ai jamais compris pourquoi. Moi j'avais à peine cinq ans, faut dire. Avec Adrien et Selma on a souvent eu le sentiment qu'il était sa préférée. Pourtant Papa était pas plus câlin avec elle qu'avec nous, il nous traîtait de façon égale, il nous aimait tous autant, mais avec elle, y'avait quelque chose de différents. Quand Elise avait quinze ou seize ans, ils s'engueulaient tout le temps, avec Papa. La moindre petite dispute prenait des proportions énormes. Pourtant ils criaient pas forts, ils s'insultaient pas, mais à table, le soir, quand on voyait Papa devant son assiette de lasagnes râtées (il a jamais su cuisiner correctement), on sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Elise elle était comme d'habitude : silencieuse, à pouffer doucement quand Adrien disait une connerie. Mais Papa, il gardait les yeux fixés sur le tableau que lui avait offert Philippe pour la naissance d'Elise. Il nous parlait normalement, mais sans nous regarder. C'était étrange. Souvent on en profitait pour s'éclipser et aller jouer à la Sega dans la chambre de Tristan.

(To be continued.)

Par Elle.
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Dimanche 27 avril 2008

Tout ce que j'ai essayé d'écrire ces derniers temps n'était qu'un ramassis d'immondices, moche et sans intérêt, égocentrique et futile. Alors j'ai tout effacé. J'ai des questionnements d'ados de 17 ans, rien d'anormal donc, mais je me trouve pathétique de me prendre autant la tête pour des conneries. Je réfléchis trop, c'est évident. Parfois je voudrais juste pouvoir débrancher mon cerveau. Et me déconnecter de la réalité trop brutale pour une gamine comme moi.
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