Samedi 12 avril 2008

Le temps passe trop vite, plus je prévois de choses plus je me rends compte qu'il sera très dûr de caser, en vrac : Quelques jours à Londres, une excursion à Amsterdam, deux semaines au Portugal, trois à six jours de festivals, une semaine à Paris... Et tout ça en à peine un été. Merde, j'ai envie de faire tellement de choses ! Je voudrais pouvoir m'envoler pour Rio ou NY sans m'encombrer de paperasse, sans avoir à calculer tout dans le moindre détail. Alors souvent, entre amies, on se plait à s'imaginer à six dans un Combi, à parcourir l'Europe... Le fait d'avoir rencontré les Danois m'a permis de réaliser à quel point on était tous des jeunes, tous pareils. Je me suis sentie plus Européenne que Française, et je trouve ça génial... Je veux vivre partout, je veux tout connaître, je veux pas mourir sans avoir pu parcourir le monde.
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Vendredi 11 avril 2008

D'autres mots. Une autre voix. Une autre, pas moi. Plus moi. Mais j'y arrive pas bordel, les autres je m'en fous, les autres ils sont gentils, ils sont jolis, mais non merci... Non, franchement, sans façon, je les aime bien ces garçons, mais c'est pas les bons. Moi c'est tes mots que je veux, ta voix que je veux, c'est toi, toi tout entier, toi et rien que toi. Mon cher chéri, mon adoré, tu me manques un peu, beaucoup, à la folie. Je ne ressens plus rien, je suis de marbre, dûr comme le roc, du roc en toc. De jours en jours, je me fissure, je m'abime, je déteins comme un vieux linge qu'on aurait trop laissé au soleil, qu'on aurait lavé trop souvent. Et je balance mes pensées comme ça, sans crier garde, je les couche sur le papier pour les exorciser, pour m'empêcher de céder.

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Samedi 29 mars 2008

Porto, Rome, Florence, Londres, Lisbonne, Sienne, Paris, Amsterdam, New York, Salerne, Bruxelles, Naples, Lille, Rio de Janeiro, Barcelone, Bristol, Athènes, Alger, San Francisco.
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Samedi 29 mars 2008
Si ça va ? Je ne sais pas, je ne sais plus. La seule chose dont je sois certaine c'est que le sang coule dans mes veines et que mon coeur bat tranquillement. Sagement, comme un grand. Et moi je m'emmerde, je m'ennuie profond, je suis lasse, je me prélasse, pourvu que ça me passe.

*

Les jours filent à la vitesse de l'éclair, putain, le temps me glisse entre les doigts, je n'arrive à saisir aucune minute ni aucune seconde pour la savourer. Je n'en suis foutrement pas capable en ce moment et ça me désole. Tous les soirs je me dis que la journée a passé vite, et malgré tout je n'ai rien vécu de passionnant. Rien d'intéressant, rien de frissonnant, de saisissant. Nothing, nada, niente. Je ne comprends plus rien à la logique de l'horloge, il faudrait m'expliquer comment fonctionnent les petites aiguilles du cadran. Ces 20 putain de jours me paraissent paradoxalement une éternité, plus je m'ennuie plus j'y pense, plus j'y pense moins je vais bien. Sans réellement aller mal. Il me manque vraiment.

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Jeudi 20 mars 2008

Je regardais les articles soigneusement rangés dans les rayons du supermarché, sans ciller, d'un air absent. Je me mordais les joues le plus fort possible, souriant contre mon gré à la caissière péroxydée qui avait l'air de se faire chier comme un rat mort. Le sac en plastique à la main, j'ai marché cent mètres, descendu les marches en béton armé, et marché encore. Il faisait nuit, le soleil s'était couché bien tôt ce soir là. J'ai ouvert la portière de la voiture, m'y suis installée. Et j'ai explosé en sanglots. J'ai sali mes joues de mes larmes chaudes et salées. Je me serais étouffée ave me pleurs. Je serais morte de chagrin et de haine, de nostalgie et d'amour... J'en aurais crevé, ce soir là. J'en aurais crevé.

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Mardi 18 mars 2008

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Si tu savais, sans toi j'ai plus de passion et la vie passe à quoi bon. Je tourne en rond, je fais de la peinture sur soie, je file un mauvais coton. Je dors et je me promène, à quoi ça sert tout ça, de s'en aller à reculons. Je bouquine des bouquins sans queue ni tête, je me repasse le film et je comprends rien.
                                     




Histoires d'Hommes
, X. Durringer

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Lundi 17 mars 2008
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Les notes de musique électro résonnent dans la pièce, fort, très fort, plus fort encore. La voix perçante de la chanteuse à peine majeure, qui vocifère des paroles en anglais dans un micro couvert de strass. Ses cheveux flamboyants ondulent avec son corps adolescent, ses petits seins se soulèvent en rythme, dans un mouvement grâcieux et énervé. On trempe nos lèvres dans des verres collants et sucrées déjà lêchés par d'autres, on satisfait nos papilles, nos langues goûtent  un liquide au goût acidulé. Et nos têtes tournent, la chaleur nous ennivre. Ne t'arrête pas,  Anna-Catherine Hartley ! Continue, crie plus fort, fais nous comprendre à quel point tu aimes ça, à quel point la scène te fait jouir, n'hésite plus, abandonne-toi. On se brûle avec des cigarettes, on marche sur des paires de lunettes, des bouts de verre brisés, des mégots. La fumée abime nos yeux rouges et exhorbités, il fait chaud, très chaud, plus chaud encore. Et nos voix éraillées continuent de s'extasier. Puis les cris de plaisir laissent place à des plaintes longues et épuisées. On piétine des cheveux platines, des pantalons, on trébuche sur des jambes.  Aïe, merde, on se coupe, on saigne, ça fait mal et on s'effondre. Nos pupilles fatiguées ne sont plus dilatées, nos paupières se ferment . Elles sont closes à présent, les souffles sourds et brûlants ont remplacé le bruit exaspérant des basses. Quelques chuchotements discrets, des quintes de toux sèches et effrayantes, trois quatres poissonniers récalcitrants. Bang bang ! Il fait jour, la lumière des néons fluos a laissé place à celle du soleil qui filtre à travers de minuscules fenêtres. Vision en technicolor de ce qui ressemble à un véritable champ de bataille. Les corps frêles et épuisés prennent la place des cadavres, les bouteilles cassées celle des armes. A peine dix huit ans, tous des gosses, bonne nuit, bonjour !
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Samedi 15 mars 2008
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Le mouvement d'une robe sur une peau claire. Un coup de vent sur une jupe légère, dévoilant des cuisses parsemées de taches de rousseurs. Le frottement d'un jean sur un mollet galbé. La chute d'une bretelle sur une épaule, découvrant un sein et un grain de beauté bien placé. Vêtements poétiques et enchanteurs, tenues divines et lyriques, chaussures hautes à brides, compensées, plateformes, sanglées autour d'une cheville fine, talons aiguilles, ballerines, salomé, babies, stilletos. Pied cambré comme celui d'une danseuse, dos creusé et minois poupin. Les mannequins défilent comme des robots, automates faits de chair et d'os, elles marchent en fixant un point, une destination inconnue et inatteignable. Expressions neutres sur leur visage d'enfant, leur corps de nymphette qui ferait pâlir d'envie un Humbert Humbert tinté de Terry Ridchardson. Elles font vivre les vêtements, danser les tissus, chanter les bijoux dont les cliquetis sonores retentissent dans toute la salle pleine à craquer. Tous les yeux sont rivés sur ces stars, ces vedettes ; les etoffes nobles et travaillées par des doigts de fées. Se vêtir est un art, négligé et méprisé. Un tableau de maître exposé dans le salon, une robe de créateur portée pour une soirée, quelle différence ? Afficher, exposer l'outrageuse beauté d'un tissu, qui sublime les courbes de quiconque le porte. La moindre parcelle d'un corps en apparence banal. Aucun ne l'est, et la mode l'a bien compris. Epaule. Cheville. Chute de reins. Nuque.
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Dimanche 9 mars 2008

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Et les paroles qui résonnent, et la voix, la merveilleuse voix de Chan Marshall en fond sonore. Je retire mon pantalon, lentement, je dévoile mes jambes un peu moches, mais la musique suffit à me faire croire que je suis dans un film, ou sous l'objectif de Terry Richardson.  Il ne reste plus que mon marcel sur ma peau encore un peu bronzée, un bout de tissu blanc et transparent, alors je le retire, et je me glisse dans la douche. Sea of love, the Greatest, Living Proof. Oh, Cat, Chan, si tu savais comme je t'aime. Et l'eau brûlante, ça fait mal bordel, ça crame, mais je m'en fous parce que Marshall chante, de sa voix rauque, sa belle voix niquée par la clope, l'alcool et la vie, sa voix écorchée. Je reste longtemps sous les jets chauds, debout, sans rien faire. Je frotte ma peau avec ce savon qui sent la Fleur d'Oranger, je suis pleine de mousse, ça m'amuse mais je continue à réfléchir. Je me dis qu'on arrive jamais à apprécier les choses à leur juste valeur. Qu'on laisse passer pleins d'occasions de se dire qu'on est heureux. On ne s'en rend compte qu'après, quand on se dit merde, je regrette cette époque. Je regrette cet été. Je pense à des occasions que j'ai pas su saisir. Mais je regrette rien de ce que j'ai fait. Je me dis, ça, j'aurais du le lui dire quand je le pensais, mais jamais ça, j'aurais pas du lui dire. Saisir certaines occasions stupides. Courir pour prendre un train, tourner la tête pour l'embrasser, passer la main dans ses cheveux, sécher une heure d'espagnol, pleurer, partir, rester, chanter. Si j'étais un réalisateur, je filmerais des corps sous l'eau et des têtes qui pensent, souvent la douche est l'endroit où je réfléchis le plus. Je prendrais des images sous certains angles, vu de l'intérieur, pour qu'on sente la vapeur, je filmerais des jambes et des clavicules, surtout des clavicules. Une fois que j'ai réfléchi à tout ça, je me suis lentement laissée tomber. Le dos contre le carrelage froid du mur, l'eau chaude sur mon corps, j'ai attéri sur la céramique. Je suis restée là un peu et j'ai arrêté de penser.
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Vendredi 7 mars 2008

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The guilty undertaker sighs,
The lonesome organ grinder cries,
The silver saxophones say I should refuse you.
The cracked bells and washed-out horns
Blow into my face with scorn,
But it's not that way,
I wasn't born to lose you.
I want you, I want you,
I want you so bad,
Honey, I want you.

The drunken politician leaps
Upon the street where mothers weep
And the saviors who are fast asleep,
They wait for you.
And I wait for them to interrupt
Me drinkin' from my broken cup
And ask me to
Open up the gate for you.
I want you, I want you,
I want you so bad,
Honey, I want you.

Now all my fathers, they've gone down
True love they've been without it.
But all their daughters put me down
'Cause I don't think about it.

Well, I return to the Queen of Spades
And talk with my chambermaid.
She knows that I'm not afraid
To look at her.
She is good to me
And there's nothing she doesn't see.
She knows where I'd like to be
But it doesn't matter.
I want you, I want you,
I want you so bad,
Honey, I want you.

Now your dancing child with his Chinese suit,
He spoke to me, I took his flute.
No, I wasn't very cute to him,
Was I?
But I did it, though, because he lied
Because he took you for a ride
And because time was on his side
And because I . . .
I want you, I want you,
I want you so bad,
Honey, I want you.

Par Elle.
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